carnet 5 – La prison et l’éléphant

August 22nd, 2009 § 2 comments

au moment où j’écris, je termine une semaine d’un camp de surf au Portugal, mais voici quelques petites histoires du Burkina que je voulais encore partager avec vous !!!

La prison

Par hasard, une des soeurs d’acceuil d’une des autres stagiaires (Marie-Pier) faisait partie d’une association naissante à Banfora pour aider les prisonniers du seul pénitencier de la ville. En plus d’avoir pu assisster à une de leurs rencontres, j’ai eu l’opportunité et le privilège de pouvoir aller visiter cette prison. On arrive donc, Marie-Pier et moi, et après avoir vidé nos poches et laissé nos sacs à l’entrée, on nous amène à l’entrée de la porte qui mène à la cour de la prison. On dévérouille alors la première porte, et nous sommes quatre à entrer: un des gardes, un des membres de l’associtation, Marie-Pier et moi. On referme la porte par laquelle nous sommes entrés, et nous sommes maintenant entre deux grandes portes métalliques.

Deux mondes complètement différents. On nous avait prévenu que les prisonniers étaient assez «civilisés», et qu’il n’y avait alors rien à craindre. On nous ouvre alors cette deuxième voie; porte métallique dont le bruit du cadenas peut sonner les cloches de la tristesse ou de la joie, dépendemment si on y entre ou y sort …

Barbelés

On voit alors les prisonniers qui sont en train de se placer, tous agenouillés, en rangées, alors que les gardes leur ordonnent de le faire pour nous accueillir. Nous nous retrouvons donc dans cette cour grande d’environ 15 par 20 mètres, avec à l’intérieur, environ 150 prisonniers qui font face à nous, libres dans leur emprisonnement. Julien, le membre de l’association (qui travaille aussi dans la prison), nous présente donc à Marie-Pier et moi.

À mon tour maintenant de m’adresser à tous ces hommes noirs qui me regardent dans le blanc des yeux. Âgés entre 15 et 45 ans, ils peuvent avoir commis toutes sortes de crimes, en passant du vol jusqu’au meurtre. Ils m’écoutent tous attentivement, et pour ceux qui ne comprennent pas le français, on me traduit systématiquement en Dioula.

- J’ai entendu dire qu’il y avait deux femmes dans la prison. Pourquoi est-ce qu’elles ne sont pas avec vous ?
– (rires)
– En fait je pense que je connais déjà la réponse !! ;)
– (ha ha ha)

Je les remercie donc pour leur accueil, et on nous fait visiter les dortoirs qui se trouvent autour de la cour carrée centrale. Ils dorment entassés un à côté de l’autre, sur des nattes au sol, et ils ont le droit d’avoir quelques effets personnels qu’ils accotent sur le mur. D’ailleurs, quelques uns fabriquent des petit objets qu’ils vendent et avec lesquels ils peuvent par exemple se payer des cigarettes ou de la nourriture.

Les dortoirs contiennet entre 20 et 50 personnes chacun, avec une moyenne d’une toilette pour 12 personnes. Il y a peu d’aération dans les dortoirs alors ça ne sent pas vraiment la rose…

On continue notre tour, et je cause avec un détenu qui fabrique des petites sculptures en bois, avec de la pyrogravure. Je lui demande s’il croit alors en Dieu, puisqu’il avait une petite gravure qui disait «Dieu seul sait», et il me répond alors quelque chose comme: «C’est le seul qui pourra bien nous juger»…

Je lui en achète trois, que je réussis à dealer car tout se marchande ici, et en continuant ma marche, quelqu’un me lance que Ziggy Marley est dans cette cour même…  «Ah oui ? Je n’aurai jamais cru le voir ici !!! Je veux entendre une chanson !!» Mais pressés par le temps, il ne faut que chanter le refrain. L’homme en question se place donc devant moi, le percussionniste est à côté de lui, et il commence à chanter le refrain , et tous les autres prisonniers chantent en choeur derrière lui. Assez impressionnant… et assez bonne chanson ! On doit maintenant quitter, et à ce moment, beaucoup des hommes se retrouvent autour de moi, et pour un instant (je n’appellerai pas ça de la peur) mais j’ai senti un petit effet bien spécial qui était d’être entouré par tous ces prisonniers dans LEUR monde à eux.

En tous cas, on sort finalement et je leur souhaite de continuer à chanter et faire de la musique parce que c’est bien.

On visite ensuite les deux femmes qui ont leur coin à elles, un peu plus libres et dans un espace beaucoup plus grand. Ils sont aussi en train de préparer un endroit pour faire de l’élevage de poules et de lapins. Et derrière la prison, il y a un petit champ où poussent certains légumes, jardin entretenu par les prisonniers qui le méritent plus.

Expérience extraordinaire, j’espère y retourner un jour.

L’éléphant

Pour notre dernier dimanche à Banfora, nous avons décidé d’aller en forêt pour voir les éléphants. Ou plutôt CHERCHER les éléphants. Nous sommes en fait partis vers 8h du matin, pour n’arriver au site que vers 9h où des guides nous attendaient. Ils nous préviennent qu’ils ont vu la troupe d’éléphant la veille, alors ils ne devraient pas être trop loin !!

Pas trop loin ? On a marché des heures et des HEURES. Mais c’était quand même intéressant ! Dans la forêt, loins de tout, ça sentait bon, il faisait beau. À un moment donné, nous avons aussi passé par dessus un genre de marécage, comme on pourrait le voir dans un jeu vidéo, où le but du joueur est de sauter sur les mottes de terre qui dépassent ! Pendant 200 m alors environ, on saute d’une mini-île à l’autre, en faisant assez attention pour ne pas tomber dans l’eau brune ! Enfin, après 4 heures de marche, vers 13h, on commence vraiment à se demander si ça vaut la peine de continuer, puisqu’à chaque fois qu’on demande si on arrive bientôt, on nous dit que oui, quelques minutes encore seulement…

À un moment donné, (comme souvent auparavant en fait), un des guides s’agite et dit qu’ils sont juste à côté. Et cet instinct en moi me dit que cette fois, je le crois. Je suis le premier en avant et les autres ne suivent pas. J’entends d’ailleurs une des autres stagiaires qui lance un cri assez strident, mais j’étais déjà à la course dans la forêt alors je laisse faire derrière moi. (C’était finalement Jade qui s’était fait piquer par une abeille :S ) Les autres sont restés avec elle, alors je suis seul avec le guide, en train de pister les éléphants.

On court un peu, et on s’arrête pour tendre l’oreille. Après quelques secondes de silence, on entend des bruits de branches pas trop loin. On change alors notre direction pour se diriger vers ce bruit. Quelques mètres plus tard, même schéma. Arrêt. Silence. Écoute. Bruits d’éléphants qui marchent. Continuation du chemin.

Et à un moment, l’éléphant est là. À quelques mètres de nous seulement, majestueux et granduose, il apparaît. Comme cette mystérieuse cité d’or qu’on cherche depuis longtemps, cette cité à quattre pattes est enfin devant nos yeux. Mais le tout ne dure pas plus que 2-3 secondes, et l’éléphant continue son chemin dans la forêt. Évidemment, on continue à le suivre parce que tous les autres éléphants ne doivent pas être trop loin de lui, lui qui est probablement le garde de la troupe.

Alors pendant que le guide et moi tendions l’oreille à nouveau, l’éléphant fait encore du bruit, mais aucunement celui auquel on s’attendait…  En fait, en notre direction, on ne le voit pas, mais on entend un grand barrissement, suivi directement de bruits de branches qui se font écraser en notre direction. Si j’avais été tout seul, j’aurais eu le (mauvais) réflexe de rester pour prendre au moins une photo, mais je vous dit que quand j’ai vu le guide, qui quant à luivoit des éléphants à presque tous les jours, prendre ses jambes au cou et commencer à courir dans le chemin inverse, j’ai vraiment eu une dose géante d’adrénaline et moi aussi, bien sûr, j’ai courru comme jamais dans la forêt derrière le guide…

À un certain moment, notre instinct nous dit que nous sommes assez loin, alors on arrête, on se regarde, et on commence à rire ! Une expérience vraiment malade.

p.s. Je pense que je vais commencer à être supersticieux: je suis le seul à avoir vu un éléphant dans notre groupe, et qui est-ce qui était le seul à avoir mis un collier d’éléphant quelques jours auparavant notre visite ? oh oui oh oui :D (désolé Marie-Pier, toi qui avait organisé cet évènement et qui avait VRAIMENT envie d’en voir un…)

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