carnet 4 – La religion, où j'habite, les framboises, les masques, le foot et notre travail
Une femme avec quelques kilos de mangues sur la tête et les quelques livres de son bébé sur le dos. Des motocyclettes avec une famille de quatre personnes qui y ont trouvé place. Des gens sur bicyclette qui peuvent vraiment traîner tout avec eux, que ce soit deux amis ou un matelas d’un lit double, en passant par des grosses planches de bois et des télévisions.
C’est le paysage courant qu’on voit ici dans les rues et ruelles de Banfora.
La religion
Les muezzins qu’on entend au loin, les petites églises ici et là, l’animisme toujours présent, toutes les croyances religieuses s’entremêlent assez bien.
Et moi ? Toujours aussi agnostique. Et les gens ne savent pas plus ici qu’au Québec ce que ça veut dire ! Je vous laisse fouiller dans un dictionnaire ? Bon, non. Selon Antidote, l’agnosticisme, c’est une « Doctrine philosophique qui rejette toute métaphysique (recherche raisonnée de la nature essentielle de l’être, des causes de l’univers et des principes premiers de la connaissance) et déclare l’absolu inaccessible à l’esprit humain. »
Et pas pour être cliché, mais je pense comprendre de plus en plus pourquoi on dit que la religion est l’opium du peuple… Dans la misère, toutes les sortes de misères, ça rassure de savoir qu’un jour ça va peut-être aller mieux…
Quant à la famille avec laquelle je vis, elle est musulmane, mais pas ben ben pratiquante je vous dirai…
p.s. il y a un endroit sur la planète où, peu importe dans quelle direction on se placerait, on prierait face à la Mecque !

plus vieille mosquée a Bobo-Dioulasso
J’habite où ?
J’habite chez madame Dao, qui est la secrétaire générale de l’association Munyu avec laquelle nous travaillons. Elle est âgée dans la cinquantaine et est non seulement grand-mère de deux petits-enfants qui habitent avec nous, mais est elle-même fille et petite-fille des vieilles qui sont avec nous dans la cour !
Elles étaient éparpillées dans différentes villes et villages à mon arrivée, mais elles sont maintenant toutes réunies: 5 générations de filles, de 2 ans à plus de 90 ans. C’est fou !

La cour est assez grande, en terre avec un puits dans un coin, deux manguiers et un cocotier, quelques salles extérieurs pour entreposer des trucs, et la maison elle-même est divisée en deux parties. Tous les membres de la grande famille, cousins et cousines entremêlés qui viennent ici pour les vacances ou les études par exemple, vivent d’un côté.
Quant à moi, je me trouve de l’autre côté, et je suis assez bien installé, avec non seulement tout le côté de la maison avec une porte personnelle, mais aussi une assez grande chambre à moi, une toilette et une douche. Il y a aussi deux autres chambres disponibles pour des gens que la famille reçoit de temps en temps, comme d’autres stagiaires par exemple.
Il y a par exemple eu l’oncle de mon frère d’accueil qui est resté dans une autre des chambres pendant un petit voyage qu’il faisait dans la ville. Je dis l’oncle, mais il faut savoir que les familles sont ici tellement mélangées, souvent polygames et tellement nombreuses que tout est possible. Souvent, alors, les oncles sont plus jeunes que leurs neveux.
Ma mère d’accueil est donc madame Dao, et son mari est mort il y a déjà plusieurs années de ça. En plus de sa mère et grand-mère dans la maison, il y aussi un neveu (Issouf !), son fils (Adama le gangsta) et sa fille (Mariétou) qui vient d’arriver de Ouagadougou après son université. Il y a aussi des petites-enfants de madame Dao, Doudou et Zoulika, dont elle prenait soin jusqu’à ce que leur mère arrive. Ils sont maintenant retournés dans leur village pour la fin de l’été, et ont été « remplacés » par deux autres petites filles TROP cute.
Imaginez alors ! Toujours quelqu’un dans la cour ! Et ça c’est sans compter tous les voisins, jeunes et moins jeunes qui sont toujours présents dans la maison !
Ah oui, il y a aussi la bonne, Alima, qui travaille pour eux… J’essaie le plus possible de lui éviter le travail en lavant par exemple moi-même ma lessive, nettoyant ma section de maison, etc.
Les framboises
Oignons, tomates, concombres, choux, aubergines, gombo (joie), pommes de terre, patates douces. Bananes, mangues.
Le marché n’offre pas vraiment de variétés… Noix de coco, ananas, pomme, piment et ail, c’est un luxe gustatif !
J’ai aussi eu du vinaigre et du poivre à un moment, je peux vous dire que ça fait du bien ![]()
Dans la rue, il y aussi du maïs qu’on vend pour 50 francs (12,5 sous), mais contrairement à celui bouilli que j’aime, ils sont tous grillés sur charbon ! On s’habitue quand même, mais je préfère quand même celui bouilli qu’on trouve dans de grandes villes comme Damas et Lima par exemple. Je pense que la sorte du maïs ici qui est trop dure. Il y alors des femmes installées un peu partout, sur leurs bancs en train d’éventer le charbon.
Quoique après la mi-stage, j’ai commencé à me permettre des trucs plus chers importés qu’on trouvait au « supermarché »…
Je me suis donc gâté en achetant des olives que j’ai mangées en 5 minute (joie) et de la moutarde (wow) que j’ajoute parfois à mes aliments.
Ce que je mange ? Pâtes et sauce tomate, riz avec de la sauce aux arachides (spécial au début mais on en rafole après !), patates douces, haricots, couscous, deux fois une omelette le matin et c’est pas mal ça !
Et on met du bouillon de poulet dans TOUT ici ! Je l’évite le plus possible ! De temps en temps, les dimanches principalement, je vais au marché acheter moi-même acheter les produits nommés plus hauts pour les faire moi-même. Quelle joie de vie
Et ça ne coûte VRAIMENT pas cher. Les aliments sont en général placés au sol en paquets de trois. Trois tomates pour 25 francs (6 sous!), trois gombos pour 25, trois aubergines pour 50, et ça dépend de leurs grosseurs aussi.
p.s. Pour un peu plus de protéines, j’ajoute une préparation sèche de soya faites pour les voyageurs que j’avais achetée avant de partir, pour compenser au fait que je n’ai pas d’apport en protéines à cause de la viande que je ne mange pas. D’ailleurs, ma famille ici est très respectueuse là-dessus ! Je pense d’ailleurs que je suis le seul végétarien en ville !
p.p.s. Les autres membres de la famille mangent genre TOUJOURS du tô ! Un genre de gros jello blanc plus solide, fait à partir du mil (céréale), qu’on mange avec de la sauce faite à partir d’oseille, de gombo et de feuilles vertes en générale. Du matin au soir, on mange la même chose. Les vieilles préparent quant à elle la viande de boeuf ou le poisson qu’on ajoute à côté. Ah oui ! C’est maintenant la saison des chenilles et on en mange ici !!! Alors au bord de la rue vous retrouverez des paquets de chenilles un à côté de l’autre ! Je n’ai pas encore demandé ça coûtait combien, mais ça doit pas être cher !

Les masques
Un mystère africain. Des milliers d’années d’histoire. Une zone inconnue. Les masques sortent encore lors de cérémonies dans les villages, dans la brousse. Je n’en ai pas vu en fonction officiellement, puisque de toutes façons seuls les initiés auraient probablement droit d’assister aux cérémonies. On en vend dans les marchés comme souvenir, il y un musée national à Ouagadougou où il y en a plusieurs et de plusieurs ethnies.
Le masque de l’hibou, puisqu’il voit tout, contre les mauvais sort. Celui du papillon pour amener la pluie. Quant au masque du buffle, c’est le masque de la force et de la notoriété. Le singe la vengeance, Le caïman la longévité et ainsi de suite.
En fait c’est un peu comme les religions: si on fait une demande spéciale, un sacrifice ou une prière et que ça marche, c’est grâce aux dieux. Si ça ne marche pas, c’est qu’il y a quelque chose qu’on n’a pas bien fait. En tous cas si ça peut parfois agir comme un placebo et aider psychologiquement, tant mieux.
Le foot
Tout le monde joue au soccer ! Tous les hommes en fait. Qu’ils soient tout petits ou tout grands, tout le monde joue. Et presqu’à tous les jours. Inévitablement, tu deviens bon. J’ai donc commencé à jouer un peu partout (jusqu’à temps que je me blesse au pied, grrrr) et c’est vraiment intéressant ! Jouer au foot, sur le continent noir, sur des terrains plus rock’n'roll les uns que les autres ! Toujours en terre battue, avec des bosses et des pentes un peu partout, quand tu joues ensuite sur un terrain standard, c’est un jeu d’enfants ! Pour différencier les équipes, ce sont les torses nus contre les habillés. Je m’arrangeais pour toujours jouer dans l’équipe des torses nus, histoire de me faire bronzer un peu: c’est le seul moment où tu peux techniquement te faire bronzer le haut du corps ! Moua ha ha.
Notre travail
En gros: concours de jouets dans une école primaire et plantation de plus de 600 arbres au terrain de la radio communautaire où nous travaillons.

photo dédiée a Jean Charest qui rasait l’Est du Québec au meme moment
D’ailleurs, à la radio: formations aux animateurs, émissions de radio, reportages sur le terrain, suivre une journaliste pendant une semaine, co-animation pendant des émissions, etc.
J’ai aussi donné une formation aux serveurs du restaurant de l’association Munyu. Dans notre volet de sensibilisation, nous avions le thème du VIH SIDA et c’est moi qui l’a pris en charge parce que ça m’intéresse et que je fais un petit truc avec frequencevih.ca quand je reviens. J’ai donc animé une émission radio d’une heure sur les thèmes tu dépistage volontaire et de l’importance de la prise en charge, avec quatre personnes dont les présidents de deux associations ici. Avec presque la même gang, on a aussi une conférence que je j’organise le jour avant notre départ, j’espère que ça va être bien ! Enfin, j’ai aussi suivi un car de dépistage d’une des associations, pour aller dans une ville à la frontière de la Côte-D’ivoire. Je vais d’ailleurs faire de cette journée un petit photo-reportage ça va être malade. p.s. Je me suis retrouvé à finalement montrer, au milieu de l’Afrique, comment on porte un condom correctement. J’aurai vraiment jamais cru faire ça ! Et j’ai aussi réussi à avoir des témoignages de personnes qui allaient se faire dépister. Plus au milieu de l’action que ça, tu meurs ! Wow… photo-reportage à suivre !

Prochainement, les histoires les plus folles que j’ai vécues ici: la police, le mariage et la prison.
Anitché,
Youssef (ou COULIBALY DAO Issouf
)
-Youssef Shoufan-
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