carnet 3 – Banfora, quelques semaines plus tard
A ni sogoma
-A ni sogoma! (Bon matin!) -Héré sira (Bien dormi?) -Héré (Bien, ou littéralement: en paix) -So mo go do ? (et la famille?) -O ka kéné (ça va)
Voilà une salutation typique quand tu rencontres quelqu’un ici. La langue est le Dioula, et ça ressemble pas mal au Bambarra du Mali. Je peux donc maintenant un peu comprendre Amadou et Mariam quand ils chantent!!! Par contre, puisque la majorité des gens parlent aussi français et que je suis avec les autres stagiaires pas mal souvent, je ne suis pas forcé d’apprendre, malheureusement… Alors on souhaite «A ni sogoma» du lever du soleil jusqu’à environ 10h. De 10h à 15h, c’est «A ni ti Lé». De 15h au coucher du soleil, c’est «A ni oula». Et ça veut dire «Bonsoir» en français. D’ailleurs, on se souhaite bonsoir dès 15h. Ça fait très drôle de dire ça à partir de 15h avec le soleil encore présent! Surtout quand la définition du mot soir signifie le moment de la journée où le soleil commence à se coucher… Mais bon on s’habitue… Enfin, pour la soirée, c’est «A ni sou». Et chaque fois, les salutations de base sont suivies de questions concernant la famille et le travail. Mais c’est fou parce que ça devient vraiment machinal et automatique. Comme si c’était un concours de qui aller énumérer les salutations le plus rapidement possible! C’est peut-être pour ça que je n’aime pas ces salutations qui sont presque instinctives.
Toubabou
Comme je vous l’avais dit, nous sommes vraiment une minorité visible ici. Tu ne peux PAS passer inaperçu. Les touristes sont rares. Quoique la saison des pluies qui est en train de commencer en amène plus, parait-il. En tous cas la pluie amène le beau temps! (Ou le froid pour certains burkinabés qui se les gèlent quand il fait 15 degrés, la température la plus froide ici!!!) Mais il y a tellement peu de «blancs» que lorsque nous-mêmes voyons des blancs, nous faisons comme les enfants qui nous interpellent quand ils nous voient et crions «toubabou! toubabou! toubabou!» Ça me rappelle mon propre étonnement que j’ai eu une fois en Gaspésie, au Québec, quand j’avais vu des noirs et des asiatiques dans un marché. Les minorités ethniques étaient tellement absentes qu’elles ressortaient facilement du lot. (Je m’inclue moi-même ici!) Un étonnement statstiquement justifiable. D’ailleurs, je ne pensais pas que ça allait arriver, mais j’ai fait peur à trois enfants jusqu’à présent. Et quand je parle de peur, je parle en fait de PEUR. Pire qu’un agoraphobe au mileu de 100 000 personnes, pire qu’un arachnophobe sur lequel on pose une tarentule velue. À un moment, par exemple, un jeune enfant de deux ans qui n’a probablement JAMAIS vu un blanc de sa vie et qui n’a donc aucun référent, me voit. J’ai vu ses yeux ouvrir au maximum. De vraie peur. Et c’était intense. C’est donc normal que les enfants s’étonnent de voir des gens différents d’eux, d’où les «toubabous! toubabous!» Par ailleurs, le terme «toubabou» viendrait, parait-il, de l’arabe. Du mot «tabeeb» plus précisément, qui veut dire médecin dans cette langue. L’appellation viendrait donc de l’époque où les étrangers au pays étaient souvent des médecins venus aider. Je me demande quelles répercutions cette répétition intensive du «toubabou, toubabou, etc.» pendant toute une jeunesse peut faire… p.s. au début ça fait plaisir de se faire interpeller par tous les enfants qui t’appellent, mais après trois semaines, ça commence des fois à énerver. Mais deux mois au total, ça n’est pas si pire de toutes façons. J’ai justement demandé à une québécoise d’origine qui habite à Banfora depuis 10 ans si elle se faisait toujours traîter de Toubabou, et comme je m’en attendais, elle a dit oui. Et que ça la faisait VRAIMENT chier…
Fashionably late
Tout le monde prend son temps ici. Et moi de même. Mais une fois, j’étais vraiment en retard pour un truc, alors j’ai commencé à courir. Et c’est à ce moment que j’ai réalisé que personne ne courait ici ! Rien ne peut être SI pressant que ça ! Et de toutes façons, ne pas arriver à temps est de rigueur. On donne une heure de rendez-vous, en sachant que c’est bien sûr un environ. Les gens sont donc tous fashionably late ! Mais les excuses pour ces retards sont quand même valable. Tu ne peux par exmple pas ne pas t’arrêter saluer les voisins. Et parlant de temps, on marche plus lentement, se lève de sa chaise plus lentement. Le temps est plus long. Il y a justement un proverbe africain qui dit que les occidentaux ont la montre, mais que les africains ont le temps. Moua ha ha ! Tellement vrai ! p.s. Ça me fait penser à un autre changement d’attitude, qui est celui de l’accoutumance à la nuit. Avec peu de lumière ambiante, les yeux travaillent forcément plus. Et comme un analyste sportif qui peut reconnaître un joueur de hockey à son coup de patin, je commence à reconnaître les gens à leur forme, leur ombre, leur mouvement. C’est naturel.
Les cousins à plaisanterie
Au Burkina Faso, il y a une soixantaine d’ethnies qui compose le pays. Ils sont d’habitude regroupés en régions et provinces. Mais dans de grandes villes comme Banfora (la 4e plus grande du pays, environ 60 000 habitants si on inclue les alentours), on retrouve des mélanges d’ethnies. Les gens sont donc assez différents physiquement, même si je commence à reconnaître les peuls et les touaregs par exemple. Il va de soi par contre qu’entre eux, ils se reconnaissent aussi plus facilement… Je ne pourrai par contre sûrement pas différencier un Burkinabé d’un autre Africain comme je pourrai le faire entre un Vietnamien et un Japonais ou un Chinois et un Coréen… Et entre ethnies, il y a ce qu’on appelle ici des cousins de plaisanterie. En fait, ce sont des genres de combinaisons entre ethnies où on se taquine mutuellement. Voici donc un exemple de moqueries qui se font entre membres d’ethnies. L’histoire présente s’est déroulée alors qu’un responsable d’Oxfam à Ouagadougou nous guidait lors d’un tour de la capitale. C’est un monsieur assez sérieux, qui nous explique au fur et à mesure des petits trucs ici et là. Et à un moment donné, alors qu’on lui parle des cousins à plaisanterie, il nous dit que «oui oui, ça existe bien !» »Par exemple vous voyez ? Olivier (le chauffeur) est un Moose (prononcé Mossi)» «Les Moose, s’ils vous invitent chez vous, ils vont vous offrir un truc qu’ils mangent qui est tellement mauvais ! Et en plus, ils osent appeler ça de la nourriture !!!» «Et par exemple, ils conduisent tellement mal que ça parait tout de suite ! Une fois, c’est un Moose qui était en voiture et est arrivé à un rond point qui venait d’être construit. Il était tellement stupide qu’il est resté à faire le tour toute la journée ! Tellement qu’à la fin il a du appelé la police pour qu’elle vienne l’aider» Et c’est à ce moment que j’interviens pour dire que «finalement le policier aussi était un Moose, et quand il est arrivé pour aider l’autre Moose, ils ont commencé à tourner en rond ensemble !» moua ha ha
Les nouvelles
Il paraît qu’un avion d’Air France s’est écrasé dans l’Atlantique !? Qu’Omar Bongo est mort ? Que le niveau d’alerte de la grippe porcine est passé à 6 ? Je pense que ce sont les trois seules nouvelles non locales dont j’ai pris connaissance depuis maintenant presqu’un mois… Et ça fait du bien de se déconnecter un peu. Pas de cellulaire, pas d’Internet (je suis allé 3-4 fois seulement depuis mon arrivée, et principalement pour des trucs essentiels), pas rien de technologique donc… Je dois par contre malheureusement avoir un réveil-matin parce que nous avons des horaires de travail… Mais bon, 3 jours sur 4 je fais la sieste de 1 à 3 environ, alors c’est vraiment HOT
Par ailleurs, les journées se terminent assez tôt. Minuit max genre. Ou quand c’est «wild», 2 heures du matin
Ou une fois nous sommes sortis à La présidence, un club branché à Banfora et alors je me suis couché vers 4h. Wa wa wi wa. Les journées commencent assez tôt en conséquent, généralement avec le lever du soleil vers 6h du matin, et avec le chant du coq qui des fois énèreve vraiment !
Mon attention se tourne vers:
Le fait que ça m’a pris 2 semaines pour réaliser qu’une de mes voisines qui vient souvent dans notre cour était à moitié sourde. (méningite pendant sa jeunesse paraît-il… :S ) Le fait que ça m’a pris 2 semaines pour réaliser qu’il n’y avait pas de feux de circulation ici. J’avoue qu’il n’y a que deux grandes voies (pavées), mais quand même… L’anarchie de la circulation fonctionne bien. Par contre, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’accidents… J’en ai d’ailleurs vu deux jusqu’à présent. Une fois un jeune est sorti dans la ruelle et une dame est tombé de sa moto après avoir perdu le contrôlel. Mais ce n’était pas grave du tout. Une autre fois par contre, Une moto est entré dans une autre qui essayait de traverser la rue en son milieu… Je passais là juste après, et c’est drôle parce que c’était la première fois que je m’étais mon t-shirt de sauveuteur (à l’endroit
) et je m’en suis genre «servi» ! nice. Le fait que ça m’a pris 3 semaines pour réaliser qu’il n’y avait pas de système d’égouts. Bientôt: Les masques, la religion, le foot, notre travail du stage, où j’habite, les framboises, le thé et les cascades. merci et à bientôt ! mysteryoussef
-Youssef Shoufan-
|
|
||||||||||||||||||||||||||
-
http://leolanglois.blogspot.com
-
http://www.info-culture.biz
nombre de commentaires: § 2
