Pierre Foglia dans le Golfe (24/1/91)
1990-1991, guerre du Golfe
Pierre Foglia, chroniquer à La Presse, a alors écrit plusieurs articles
voici mes parties préférées
jeudi 24 janvier 1991
(…)
je suis donc monté à la frontière irako-jordanienne, un voyage très long et ennuyeux dans un vilain désert de pierres noires. À un moment donné, je demande au chauffeur:
-Est-ce qu’il y a des animaux qui vivent là-dedans?
Il me répond mécaniquement:
Yes. Rabbits! Full of rabbits. Plein de lapins!
Le fou rire me prend. Lapin est un de mes mots fétiches. Je mets des lapins partout. Sauf qu’ici, non. Ils mangeraient quoi ? Du sable, ils chieraient de la pierre ? Anyway, le chauffeur finit par m’avouer qu’il a fait plus de 20 voyages à la frontière depuis la mi-octobre avec des journalistes, et chaque fois, il s’est fait demander quel animal vit dans le désert:
- Au début, raconte-t-il, je disais que je ne savais pas. Ça les décevait. Alors maintenant, je réponds un animal différent chaque fois. Il y a eu des scorpions. Des serpents. Des antilopes. Des cochons sauvages. Et des lapins… Si les journalistes ont écrit tout ça, observe fort justement le chauffeur, à la fin de la guerre, il y aura plus d’animaux différents dans ce désert-ci, que dans n’importe quel zoo du monde…
L’anecdote n’est pas si innocente. Qui sait, s’il n’y avait pas de journalistes, peut-être que les déserts seraient vides comme les dimanches à Angoulême. Et on s’ennuirait à mourir plutôt que de mourir à la guerre…
(…)
Il est vrai que je n’ai pas de caméra. Et c’est la télé qui se fait crier des noms, bousculer et même cracher dessus. Cela tient surtout au fait que les équipes télé se déplacent comme des petites armées. Et aussi parce que la télé vole l’âme des gens. C’est bien connu. Elle en fait des images qui mentent absolument. Il n’y a rien qui ne mente plus que l’image de la réalité.
(…)
-Youssef Shoufan-
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